Les Fatimides et leur espace maritime méditerranéen (Xe-XIIe siècle)

D. Bramoullé

D. Bramoullé
Université de Paris-1

Sous la direction de Christophe Picard, Paris I

La dynastie fatimide a su constituer et bénéficier d’une des plus puissantes marines musulmanes de la Méditerranée à l’époque médiévale. Il n’en demeure pas moins qu’elle reste méconnue. Cette méconnaissance est largement due à l’aridité des sources sur la question, mais peut-être plus encore à leur dispersion. Les quelques travaux qui s’y attachent sont largement ponctuels, à la fois dans le temps et l’espace considérés, mais aussi par les sujets abordés. La dynastie chi’ite des Fatimides (900-1171), qui selon les moments contrôla les littoraux s’étendant de l’Ifriqiya (Tunisie actuelle) au Bilad ash-Sham (Syrie-Palestine) en passant par l’Egypte, doit en grande partie sa puissance à la maîtrise de l’espace maritime méditerranéen et constitue une des plus puissantes forces navales de la période. Les rivages alors sous domination fatimide, redoutés du fait de leur situation particulièrement exposée aux dangers venant de l’extérieur ; essentiellement représentés par les chrétiens, ont également constitué, localement, des espaces par lesquels les richesses venaient irriguer le monde fatimide. Les califes, d’abord occupés à tenter de s’emparer de Bagdad et des lieux saints du monde musulman, puis à la recherche des subsides permettant de financer leurs envies ainsi que la soldatesque turque sans cesse plus nombreuse, semblent toujours avoir attaché une importance toute particulière à ces espaces et à leur développement. Une importance qui paraît s’être toutefois modifiée en fonction des intérêts économiques, politiques, religieux et géostratégiques de cette dynastie. Ainsi, tout à la fois perçues comme particulièrement dangereuses et malgré tout comme principales sources d’enrichissement et de puissance, les rives méditerranéennes du monde fatimide ont pu faire l’objet d’aménagements répondant à ces deux perceptions antagonistes. De la même manière, la gestion de ces espaces maritimes par l’implantation d’infrastructures côtières (ports, funduq, ribats…) ou encore l’organisation des flottes, donc tout ce qui peut concerner l’organisation maritime au sens large, a pu évoluer dans le temps et l’espace en fonction des impératifs du moment ou de politiques davantage réfléchies. Cette étude, pour être menée à bien, doit s’appuyer sur les sources. Celles-ci sont essentiellement de deux ordres : les sources écrites et les sources archéologiques. Les premières sont les plus nombreuses, d’origine musulmane ou chrétienne. Elles sont représentées par les chroniques historiques qui apportent la grande majorité du fond événementiel de ce travail, ainsi que les ouvrages rédigés par des géographes, essentiellement musulmans, et qui permettent de connaître quelques-unes des infrastructures navales. Toutefois, il est nécessaire de prendre en compte les ouvrages juridiques ou biographiques ainsi que les documents archivistiques tels ceux de la Genizah du Caire, qui offrent très souvent une mise en perspective ou un complément aux informations parfois un peu « sèches » qui se trouvent chez certains historiens et géographes. Ainsi, grâce à leurs anecdotes ces documents donnent un peu de couleur et de vie aux activités littorales qui apparaissent ainsi beaucoup plus concrètes. Surtout, de tels documents, malheureusement rares, fournissent quelques éléments pour appréhender certaines des mentalités des hommes dont l’existence dépendait de la mer, mais aussi pour se faire une idée de la perception qu’ils pouvaient avoir de l’espace littoral. Néanmoins, il faut reconnaître que la nécessité de multiplier les sources écrites est rendue obligatoire par un certain nombre de limites qu’imposent ces documents (désintérêt pour les choses de la mer en général). Aussi certaines questions ne peuvent-elles trouver de réponses que par le recours à l’archéologie ou à l’iconographie. Ce travail devrait tenir compte du particularisme politico-religieux des Fatimides (chi’ites ismaïliens) qui a peut-être pu influer sur l’organisation de la dynastie (on sait que les opinions des chercheurs varient à ce sujet), sur leurs objectifs militaires, politiques, et par conséquent sur leur organisation navale, notamment leur marine de guerre, principal moyen, au moins au début, de répondre à leur but. En effet, pour qui tente d’étudier les Fatimides, il faut tenter de savoir dans quelle mesure leurs conceptions religieuses particulières ont pu influer sur l’organisation administrative de leurs territoires. Cependant c’est avec une attention particulière qu’il faudrait également analyser le déplacement du centre de gravité de l’empire fatimide, de leurs capitales ifriqiyennes (Mahdiyya, Sabra Mansuriyya) vers leur capitale égyptienne du Caire fondée par la dynastie dans les années 970. Les objectifs des Fatimides changent dans le temps et dans l’espace. Ainsi, tous les moyens mis en œuvre pour parvenir à leur objectif initial (s’emparer de Baghdad) ont pu s’en trouver modifiés. Par conséquent, le rôle de l’espace maritime fatimide en Méditerranée a certainement pu évoluer. En demeurant dans ce cadre de réflexion, il faudrait également voir dans quelle mesure, les Fatimides, une fois en Egypte, adoptèrent des structures et des modèles de fonctionnement préexistant ou si au contraire ils innovèrent en créant de nouvelles infrastructures ainsi que de nouveaux organes de gouvernement et de contrôle de cet espace maritime.

Publications :

D. Bramoullé, "Espaces et structures de l’échange sur les littoraux orientaux du monde fatimide", in Chrétiens et musulmans en Méditerranée médiévale (VIIIe -XIIIe siècle), Echanges et contacts, Civilisation Médiévale, Centre d’Etudes Supérieures de Civilisation Médiévale, Université de Poitiers, n° XV (2003), p.79-92.