Repenser la famille dans l’Égypte médiévale
Appel à contribution -Deadline 15 octobre 2011
L’histoire de la famille est un parent pauvre dans le renouveau que connaissent aujourd’hui les études sur le monde islamique médiéval. Le souci de rompre avec une approche essentialiste, de ne pas introduire artificiellement des catégories modernes dans l’approche de sociétés plus anciennes, l’intérêt également que représentent d’autres unités d’analyse comme la tribu ou la maison, la séduction enfin de cadres conceptuels nouveaux comme le genre, ont contribué à cette désaffection. Seules des trouvailles documentaires, portant sur certaines institutions qui règlaient la vie familiale dans le champ social, ont suscité des études ponctuelles – à l’image de ce que les documents du Haram al-Sharif de Jérusalem ont pu révéler des pratiques légales et sociales du mariage et du divorce.
L’histoire de la famille apparaît pourtant en filigrane dans bon nombre de champs de recherche aujourd’hui timidement ou largement renouvelés : histoire du savoir et de sa transmission, histoire des élites sociales et de leur reproduction, histoire des patrimoines et de leur consolidation, histoire du droit et de la production de ses normes, histoire des formes collectives du religieux et de leur dynamique sociale, histoire de la ville et des manières d’habiter… L’importance accordée à la reconstitution des réseaux (marchands, savants, spirituels, de pouvoir ou d’influence) donne également une visibilité nouvelle à des logiques de transmission dans lesquelles entrent de puissantes considérations familiales. La (re)découverte récente des méthodes et des objets de l’anthropologie historique, dont la greffe n’avait pas pris dans le champ des études islamiques, invite aussi à repenser en contexte historique des formes de relations que l’approche ethnologique avait contribué à figer. Le vif intérêt que suscitent à nouveau les corpus de documents médiévaux (papyri, ostraca, lettres, documents d’archives), constitue enfin une opportunité remarquable pour tenter de repenser des objets d’étude comme la famille sur la base d’une documentation renouvelée.
Encore faudrait-il pleinement comprendre ce que « famille » veut dire dans la société islamique médiévale, quelles réalités économiques elle recouvre, quelles formes sociales elle recoupe, quelles relations elle polarise. Le jeu, de ce point de vue, est d’autant plus ouvert que la question de la famille n’a guère été posée en tant que telle dans le champ des études sur l’Islam médiéval et que les rares réponses disponibles à ce jour méritent d’être revisitées.
C’est l’ambition de ce dossier thématique des Annales islamologiques que d’inviter à repenser l’histoire de la famille, à la poser en objet d’histoire loin de toute forme d’évidence et que de contribuer à la faire émerger comme un champ autonome au croisement des recherches et des questions les plus variées. En limitant les contributions à l’Égypte médiévale, on entend profiter d’une configuration documentaire exceptionnelle dans l’histoire de l’Islam, en terme de diversité des sources possibles, et favoriser ce faisant la contextualisation rigoureuse d’un objet trop souvent envisagé comme une évidence, égale et semblable d’une époque à l’autre. Parmi les nombreuses thématiques concernées, on abordera par exemple l’histoire de la parenté, de la formation et de la reconfiguration du groupe familial, des différents périmètres que recoupent les liens familiaux ; l’histoire de l’héritage, des normes légales et des pratiques sociales en matière patrimoniale, mais aussi des autres formes de transmission (des biens, des pratiques, des savoirs) au sein de la famille ; l’histoire de l’éducation et de l’apprentissage, et plus largement celle de l’enfance ; l’histoire des rôles sociaux au sein de la famille et de leurs représentations collectives… La liste n’est pas limitative.
La préparation de ce dossier thématique, à paraître dans le numéro 47 (2013) des Annales islamologiques, donnera lieu à une table ronde intermédiaire, organisée à Montpellier au mois d’avril 2012, afin de favoriser les échanges et les interrogations croisées entre les auteurs.
Les propositions (titre, résumé de 15 à 20 lignes, mots-clés) sont à envoyer avant le 15 octobre 2011 à Julien Loiseau et Sylvie Denoix :
julien_loiseau@hotmail.fr
sdenoix@ifao.egnet.net
Les articles seront à remettre en janvier 2013.